Belle inspiration Nobody.
Puisque tu me tend une perche, je vais saisir l'occasion d'expliquer en quoi je considère le tableau d'Edvard Munch intitulé
La Madone comme une source d'inspiration de la chanson
Ma magnifique de Damien Saez.
Edvard Munch,
La Madone
× × × × × × × × × × × × × × × × × × × × × × × × × × ×
"
Elle est embuée dans le bain
Elle est l’essence des parfums
Elle est la rosée du matin
Ma magnifique
Faut voir quand elle donne le sein que je redeviens comme un bambin
Il y a qu’elle qui fait que j’ai peur de rien
Ma magnifique
Elle est la beauté des Vinci, des Rembrandt, des Botticelli
C’est pas Picasso, pas Dali
Ma magnifique
Dessous les draps quand elle me dit le chuchotement d’une eau de pluie
[...]
Elle a les yeux d’une hirondelle à faire rougir les Gabriel
[...]
Le soleil peut se recoucher, puis toi tu peux te rhabiller
Puisque rien ne peut égaler
Ma magnifique
[...]
Tableau d’un instant quand les crues viennent inonder son cœur perdu
C’est
la Vérité dévêtue
Ma magnifique
Elle est
comme un fruit défendu quand soudain elle se défend plus
Elle est l’automne quand il a plu
Ma magnifique
Elle est de toutes les saisons, elle a le corps de l’horizon
Qu’
on veut juste remplir son bidon
D’un magnifique
C’est comme un big bang dans mon cœur
Un moine qui mari la bonne sœur
[...]
Je crois qu’
elle est le saint des saints
De toutes les saintes femmes les putains
Elle est la vieillesse d’un bon vin
Ma magnifique
Elle dit des bêtises grosses comme elle
Puis
elle rougie comme une chandelle
Qu’avec elle le superficiel est magnifique
Elle est de mes yeux la prunelle
A la prune ou la mirabelle
Elle est
le meilleur fruit du ciel
La magnifique
[...]
Elle s’envole un peu trop parfois
dans les cieux
Ou bien dans les draps des rivières pour noyer je crois des atlantiques
[...]
Pour de la nuit jusqu’au matin faire des bibliques
A en devenir religieux
A genoux à prier ses yeux
A vous faire croire oui au bon dieu
La magnifique
[...]
Elle aime souvent se faire la belle, elle est colombe à tire d’aile
Tu sais qu’importe sous quel ciel
Ma magnifique
[...]
Comme
un instant fait l’éternel
Elle est pourquoi la Terre est belle
[...]
Là
dans le ventre du destin
A mettre des coups de pieds, des coups de poings
A se battre comme un galérien
Dans l’Atlantique
Un bout d’amour, un bout de rien pour combattre les lendemains
Qui font que la vie tous les matins c’est pas magnifique
[...]
Un jour je lui ferai un gamin
Un p’tit amour, un p’tit Damien
[...]
Mais qu’il sera beau notre chérubin
Mais qu’il sera beau le petit bambin
[...]
Quand je vois son ventre comme un dessin
A faire pâlir tous les Rodin
J’arrive même à me dire que l’humain
C’est magnifique"
Damien Saez,
Ma Magnifique
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Ce qui interpelle dans l'oeuvre d'Edvard Munch, derrière cette esthétique suave et vaporeuse, c'est l'ambivalence de la scène qui nous est présentée. Douleur ou extase, agonie ou jouissance, abandon sur la croix ou dans les draps, vierge à l'enfant ou fille de joie, tout semble incertain au premier regard. Ce mélange ambiguë entre l'amour et la mort, les deux passions humaine, est déjà en soit très représentatif du leitmotiv créatif de Damien Saez.
Dans la chanson
Ma Magnifique, Saez nous mène à visualiser sa magnifique de façon picturale: "Tableau d’un instant", "un instant fait l’éternel", "Elle est la beauté des Vinci, des Rembrandt, des Botticelli C’est pas Picasso, pas Dali", ainsi que cette évocation aux représentations de la Vérité sortant du puits de Jean-Leon Gerôme ou de Edouard Debat-Ponsan ("C’est la Vérité dévêtue").
L'impression générale a la vue de la Madone de Munch, c'est qu'elle baigne dans des eaux calmes avec ces rondeurs, ces circonvolutions et ces couleurs pastels qui donnent une atmosphère de légèreté à la scène. En considérant cette Madone avec une posture jouissive, on peut tout aussi bien l'imaginer étendue lascivement et lovée dans les ondulations d'un drap. On retrouve cette ambiance generale de légèreté et d'evocation de l'atmosphère aqueuse ou du lit dans les paroles de Saez: "Elle est embuée dans le bain Elle est l’essence des parfums Elle est la rosée du matin", "Dessous les draps quand elle me dit le chuchotement d’une eau de pluie", "quand les crues viennent inonder son cœur perdu". Dans le couplet "Elle s’envole un peu trop parfois dans les cieux Ou bien dans les draps des rivières pour noyer je crois des atlantiques" on y retrouve carrément la dualité de l'oeuvre de Munch avec soit la vision d'une sainte, d'une vierge Marie, soit celle d'une fille de joie étendue dans son bain ou dans des draps. La simple phrase "Elle s’envole un peu trop parfois dans les cieux" est à elle seule équivoque puisqu'elle renvoie soit à la spiritualité soit à la bagatelle (s'envoyer en l'air).
Dans Ma Magnifique, Saez dit: "Elle est comme un fruit défendu quand soudain elle se défend plus". Comment mieux qualifier la Madone de Munch qu'avec ces quelques mots? Le fruit défendu fait référence a l'aspect biblique, on peut y voir cette Madone au visage de Christ agonisant sur la croix, à l'article de la mort elle ne semble plus combattre, se défendre, et s'abandonne à l'inéluctable. Mais ce fruit défendu peut aussi évoquer le péché charnel, cette femme impudique entièrement offerte au spectateur. On retrouve cette même image antithètique dans les phrases "de toutes les saintes femmes les putains", dans "Un moine qui mari la bonne sœur", dans "pour de la nuit jusqu’au matin faire des bibliques" et dans "à faire rougir les Gabriel".
Comme Munch fait référence a une figure pieuse dans son oeuvre, Saez en parle avec ces mots: "elle est le saint des saints
De toutes les saintes femmes", "Elle est le meilleur fruit du ciel", "A en devenir religieux A genoux à prier ses yeux A vous faire croire oui au bon dieu". Dans la toile de Munch, la piété contraste avec la sensualité, on remarque de quelle façon la Madone exhibe sa poitrine. On peut y voir le sein nourricier maternelle tout aussi bien que le sein sensuelle et séducteur. Dans cette toile, l'oeil par un jeu de lumière est attiré vers l'abdomen, un abdomen dont les rondeurs évoquent une grossesse. Les rondeurs maternelles du ventre blafard s'opposent à l'aureole vermeille qui coiffe la Madone, représentation suggestive de la vierge Marie. Et la aussi la maternité tranche avec la pose aguichante de la Madone, celle de l'amante et pas de la mère. Saez joue lui aussi sur cette ambivalence sein nourricier/sein sensuelle et mère/épouse, les mots qui composent sa chanson paraissent se superposer aux touches de peinture étalés par Munch, on glisse de la description à la mère à celui de l'epouse: "Faut voir quand elle donne le sein que je redeviens comme un bambin Il y a qu’elle qui fait que j’ai peur de rien" puis à la fin "Un jour je lui ferai un gamin Un p’tit amour, un p’tit Damien Mais qu’il sera beau notre chérubin Mais qu’il sera beau le petit bambin". A noter que cette grande confusion entre la mère et l'épouse se retrouve dans les textes bibliques eux même, ou Marie la mère de Jésus se retrouve parfois confondue avec Marie Madeleine, la supposée épouse de Jésus, celle qui accompagne Jesus sur la croix et au tombeau, ou c'est elle qui amène le parfum pour l'onction du Christ mort mais pas encore ressuscité ("Elle est l’essence des parfums").
(A suivre...)